Semaine de cinéma 2004 au Gymnase Auguste Piccard : Hommage à Johnny Depp
Rencontre avec le responsable de programmation, Raymond Scholer

Raymond Scholer enseigne la chimie au gymnase Auguste Piccard, qui s'est aussi appelé Cessrive, et même Belvédère. Dans cet auguste établissement, on a toujours montré des films.   Il y avait même deux semaines de cinéma (un film glissé parmi les heures de cours) par année jusqu'en 1989.

Raymond Scholer rejoint en 1986 Hervé Dumont, et le duo collaborera pendant dix ans à l'organisation de la semaine de cinéma. Le but premier : apprendre à regarder un film, par le biais de programmes thématiques, à analyser des écritures, à comparer le noir-blanc et la couleur, à comparer les caractéristiques du muet et du parlant, à reconnaître les formats mutilés par la télévision, etc. Puis, peu à peu, la semaine de cinéma est partie à la découverte de réalisateurs, comme Welles, Hitchcock, Lang. Lorsqu'Hervé Dumont est nommé Directeur de la Cinémathèque suisse en 1996, nouvelle étape, la programmation se tourne vers des réalisateurs plus modernes : Martin Scorsese, John Boorman, les Frères Coen, Neil Jordan, Milos Forman....et leur consacre la semaine. Cette année, pour la première fois, c'est à un acteur que la semaine est consacrée. 72 gymnasienNEs ont découvert Johnny Depp et grâce à lui, quelques grands réalisateurs : Roman Polanski, Jim Jarmusch, Tim Burton, John Waters, Mike Newell, les Frères Hughes... Quelques échos très bons ont été enregistrés à la fin de la semaine, et c'est une occasion d'aller poser quelques questions à son organisateur et de le faire connaître :


PF
Vous êtes cinéphile. Définissez "cinéphile" et dites-nous comment vous l'êtes devenu.
RS Le cinéphile aime explorer les cinématographies, dans le temps et dans l'espace, et il préfère découvrir les oeuvres sur l'écran pour lequel elles ont été conçues, dans la langue et le format prévus. Je suis tombé amoureux du cinéma en voyant VERTIGO d'Alfred Hitchcock. Pour la première fois, j'ai eu le sentiment de sentir   un style, une "patte", un travail de réalisation différent. Ce film sur le thème de l'envoûtement, de la spirale, m'a proprement envoûté!

PF Et après ?
RS Gymnasien, j'économisais le moindre argent de poche et réussissais à voir quelque 80 films par année. A l'université, j'en étais déjà à 200. Et dès que je suis entré dans la vie professionnelle, j'en voyais entre 300 et 400 par année, (j'ai commencé à fréquenter des festivals) . Au temps de mes études, j'ai fait de la figuration dans un film de Fredy Murer, SWISS MADE, et j'ai même le premier rôle dans une oeuvre de jeunesse de mon compatriote, le réalisateur luxembourgeois Paul Scheuer.

PF Avez-vous essayé de'"réinvestir" la somme énorme de connaissances que vous amassez ?
RS Oui, dans les années 80 j'étais chroniqueur de cinéma pour des mensuels aujourd'hui disparus (VOIR, RECTANGLE), et depuis octobre 93, je suis correspondant de SCENES MAGAZINE. J'ai d'autre part, entre 1993 et 2001, créé un ciné-club dans le cadre du gymnase, je montrais des trésors de ma videothèque personnelle. Le projet a eu beaucoup de succès au début, puis le public a fondu comme une peau de chagrin et j'ai renoncé   en 2001, après avoir organisé des séances dont j'étais le seul spectateur. Des films montrés en video et souvent inconnus n'attiraient personne.

PF Quel est le bilan de votre semaine Johnny Depp ?
RS Nous n'avons pas encore dépouillé les questionnaires dans lesquels les élèves ont pu s'exprimer plus librement. A première vue, le programme a suscité de l'enthousiasme et peu de films ont laissé les spectateurs indifférents. Nombreux sont ceux qui ont reconnu des constantes dans les choix de personnages de Johnny Depp. Et qui se sont exprimés sur le style, l'écriture d'un Jarmusch ou d'un Burton.   C'est formidable!

PF Seriez-vous partant pour recréer un ciné-club des gymnases lausannois ?
RS Je voudrais d'abord avoir quelques assurances quant à l'intérêt d'un tel projet. Mais oui, pourquoi pas ? Si on pouvait offrir un programme aussi vaste et à un prix aussi avantageux que celui du CERCLE D'ETUDES CINEMATOGRAPHIQUES et faire venir les élèves à la salle Paderewski, peut-être cela vaudrait la peine de relancer l'idée, plutôt   que chaque établissement scolaire fasse sa cuisine chez soi. Ce ne sont pas les idées de programmes qui manqueraient!

PF Quels sont vos coups de coeur depuis la rentrée d'août 2004 ?
RS Indéniablement, THE TERMINAL de Steven Spielberg, KUKUSHKA de Alexander Rogojkine et THE MISSING de Ron Howard (vu en première vision à la Cinémathèque). Trois excellentes réalisations.

 

Suzanne Scholer Octobre 2004