VIPERE AU POING de Philippe de Broca, d'après le roman d'Hervé Bazin paru en 1948, avec Catherine Frot, Jacques Villeret et Jules Sitruk

Il a été très longtemps de tradition de lire dans les écoles ce puissant roman de haine et de passion qu'Hervé Bazin publia en 1948, VIPERE AU POING, dont la thématique concerne les adolescent au premier chef. Bazin s'est à plusieurs reprises penché sur le thème de la révolte des jeunes contre leurs géniteurs, de l'incommunicabilité, des liens très forts que sont l'amour... et la haine, de l'apprentissage de l'autonomie, et ses écrits sont toujours d'actualité, si ce n'est par la forme, du moins sur le fond. C'est sans doute ce qui a incité le réalisateur Philippe de Broca à adapter le roman, adaptation qui va sortir sur nos écrans prochainement. VIPERE AU POING fut un immense succès dans les années 50 et 60, l'expression de la révolte adolescente. La vipère morte serrée dans l'étau d'une main d'enfant, c'est la vindicte des adultes vaincue par l'enfance.



Madame Rezeau
(Catherine Frot)

 

N'est-ce pas une magnifique occasion de comparer l'oeuvre écrite à l'adaptation filmée ? Adaptation rigoureusement fidèle, trop peut-être. Les sobriquets un tantinet vieillots, les rapports empesés et empoisonnés par une pseudo-religion, tout le roman presque autobiographique de Bazin est là. Catherine Frot est détestable à souhait. Arrogant et intéressant son adversaire, Brasse-Bouillon (Jules Sitruk), un garçon de dix ans que la haine rend fort et ingénieux, et qui va battre cette dame - qui n'a rien d'une mère - avec ses propres armes : la cruauté, la dureté, le sadisme, la force du défi. Folcoche est de la race des marâtres des romans de la Comtesse de Ségur ou des contes des Frères Grimm. On aime la détester, on aime souhaiter sa mort, on se réjouit chaque fois qu'elle perd la face.  



Monsieur Rezeau
(Jacques Villeret)

Peut-on comprendre pourquoi le réalisateur, âgé maintenant de 71 ans, s'est lancé dans l'écriture d'un récit aussi sombre, lui qui était le spécialiste des comédies ? Pourquoi a-t-il choisi de réduire l'action sur une durée d'un an, alors que le roman suivait le destin des enfants et de leurs géniteurs indignes sur une dizaine d'années ? Rit-on dans son film ? Craint-on cette monstrueuse mégère surnommée Folcoche (Folle et cochonne),   dont les trois enfants souhaitent la mort ? Qu'éprouve-t-on face à ces personnages qui semblent incapables d'aimer, Folcoche, le père (Jacques Villeret, veule et gentil), les enfants ?
Dans un contexte maintenant désuet naît et enfle un conflit qui n'est pas propre à une époque. L'action se passe dans les années 20, ce qui se raconte nous concerne :

 

c'est le récit de l'enfance, de l'adolescence, de la révolte et de l'apprentissage de l'âge adulte. C'est aussi une apologie de la haine, qui prend la place de l'amour, et qui rend fort. Thèmes universels, thèmes intemporels, en ce sens, une oeuvre "classique"!
On ne lit plus guère Bazin, ceci serait une occasion rêvée. Voir le film, lire le livre, redécouvrir un des romans les plus lus de la deuxième moitié du XXème siècle, se plonger dans le conflit entre "être et paraître" au sein des familles petit-bourgeoises ruinées de l'entre-deux guerres.   Voilà tout le mal que je vous souhaite!

 
Suzanne D. Scholer