| MACHUCA |
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Ce septième film visionné par 10 membres du Jury des Jeunes a été présenté le mardi 4 janvier 2005 par son réalisateur, Andrés Wood. Il le dit d'emblée, il n'a pas voulu faire un tableau politique, il a voulu raconter l'échec d'une expérience scolaire vue par deux enfants. Chili, années 70. Gonzalo Infante, timide, un peu trop enveloppé, estissu d'une famille aisée et vit dans les beaux quartiers de Santiago du Chili. Pedro Machuca, fils de paysans, survit dans un bidonville. Ces deux enfants que tout oppose vont pourtant se rencontrer sur les bancs d'une même école grâce à l'initiative du Père Mac Enroe, un ecclésiastique nord-américain idéaliste, dont le but est d'intégrer au collège catholique très huppé de St-Benedict qu'il dirige des enfants de milieu défavorisé. Il veut apprendre à tous respect et tolérance respectifs, alors que le climat politique et social se détériore dans le pays. On est frappé d'emblée par le clivage important entre riches et pauvres. Premières images : Gonzalo, le nanti, enfile sous-vêtements et uniforme tout beaux tout propres pour se rendre à l'école. Plusieurs des élèves de ce collège anglais ont des traits très "européens" (des blonds, des rouquins) qui contrastent avec les faciès très indiens des quelques pauvres qu'on impose dans les classes. Les enfants des bidonvilles n'ont pas d'uniforme, Pedro Machuca a un pull troué. Le ton est donné. Une amitié va naître entre Gonzalo et Machuca, sans doute parce qu'ils ont l'un et l'autre des problèmes d'intégration. Gonzalo, parce qu'il est timide, presque renfermé, Machuca, parce qu'il est pauvre. Ce qui a frappé les juréEs, c'est l'abondant usage des gros plans, et des plans rapprochés, qui nous font vraiment entrer dans la perspective des deux protagonistes. Ceci d'autant plus que, comme l'a remarqué Yves, leurs deux visages sont impénétrables, ils observent, subissent, mais restent impassibles, nous faisant voir la violence qui règne comme à travers un filtre. "A voir Gonzalo observer, impuissant, on est d'autant plus bouleversé par ces événements marquants sur lesquels il n'a pas prise", explique Yves, qui voit dans les ébats de la mère adultère de Gonzalo qu'elle emmène avec elle comme alibi, et les violentes manifestations anti- et pro-gouvernementales les signes d'une société pourrie, en pleine décadence. |
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Le public partage certes la mélancolie du réalisateur qui en relatant l'échec d'une vraie expérience démocratique dans une école, rappelle l'échec qui fut aussi celui de l'état créé par Salvador Allende. Yves et Julie ont été frappés par la première scène de manif, l'apparition d'un camion bondé de manifestants agitant des drapeaux, tout à fait dans le style plein d'espoir de la révolution russe, et l'on sait comment cela se termine! Les deux enfants devenus amis participent à la mêlée, et au gré des manifs, vendent des drapeaux tantôt communistes, tantôt nationalistes (et se trompent parfois de couleur!). Gonzalo suit le mouvement, par amitié pour Pedro, et crie même avec lui les slogans anti-bourgeois! C'est l'amitié qui le motive, et les premiers émois suscités par une "cousine" de Pedro qui l'initie - et Pedro avec lui (très démocratiquement) - au baiser avec la langue (et le lait condensé sucré!!). |
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Etonnante, cette grande et belle fille passionnée, colérique, qui hait les bourgeois, aime l'argent, n'écoute qu'elle-même et se sert de sa beauté pour manipuler ces deux jeunes "hommes", estiment Julie et Jasmine. En fait, elle a beaucoup de points communs avec la mère de Gonzalo, mais elles ne sont pas nées du même côté du fleuve : "on ne mêlera jamais les torchons et les serviettes!", comme le dit gracieusement la maman! Les métaphores puissantes ne sont d'ailleurs pas seulement verbales. On assiste à un moment à l'abattage systématique des chiens errants, puis à la destruction finale des |
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porcs de la ferme-école: autant de symboles de nettoyage, d'épuration, de liquidation. Le film suscite la réflexion chez chacun des spectateurs, et il a la qualité de n'être jamais dogmatique. Triste constat que celui que nous livre la défaite du père marxiste dans son école transformée après le coup d'état en caserne, cette école qui apparaît comme un microcosme du Chili de Allende, avant qu'il soit réduit à néant par les tanks de Pinochet le 11 septembre 1973. La plupart des 13 juréEs n'oublieront plus jamais qu'il y a eu un déjà eu un 11 septembre avant le World Trade Center. |
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Suzanne D. Scholer |
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